Gaspar Noé était de visite au Chili en tant qu’invité d’honneur de l’inauguration du festival de cinéma B à Santiago.
En tant que journaliste pour le blog étudiant : kilometrocero.cl de l’université catholique du Chili, je me suis rendue à la conférence de presse qui s’est déroulée le 4 novembre en sa présence.
Le hall du Centro Arte Alameda, centre culturel de Santiago, arbore un décor modeste et tranquille à l’heure de commencer la conférence. Quelques chaises vides se trouvent en face d’une table où sont disposés un micro et des verres d’eau. Il est midi, et la lumière du jour entre dans le hall à travers des taules de plastique qui lui donnent un aspect jaunâtre.
L’entrée de Gaspar Noé se fait en toute simplicité: pas de cris ni d’applaudissements. Les organisateurs du festival expriment leur fierté d’avoir à leurs côtés un cinéaste comme lui pour l’inauguration de l’évènement et à son tour Noé fait part de sa joie d’être présent.

Le cinéaste vient présenter son film Enter the void, oeuvre qui retrace le vol astral d’un trafiquant de drogues décédé à Tokio. C’est son troisième long métrage et celui qui lui a demandé le plus de temps : quatre ans de tournage à Tokio, pour un film “qui est certainement le plus personnel aussi” explique-t-il.
Les films de Gaspar Noé sont caractérisés par l’effet qu’ils tentent de procurer au spectateur. Le but est de faire entrer ce dernier dans la peau du personnage, Enter the void se traduit “entre dans le vide” en espagnol : une invitation à voyager avec le protagoniste dans une vie parallèle. La vision subjective de la caméra renforce l’identification du public avec le personnage.
Les questions des journalistes révèlent une bonne connaissance des films du cinéaste. Noé a étudié dans une école de cameramen et affirme : ” je ne donnerai jamais la caméra ou le montage à quelqu’un d’autre”. Les scènes hallucinogènes de Enter the void ont été réalisées avec un équipement d’effets spéciaux : selon Noé “il existe peu de bons films hallucinogènes”.
Étant donné ce contenu hallucinogène omniprésent dans les films de Noé, je lui demande quelle relation il entretient avec les drogues, il répond : “les drogues sont partout : le café est une drogue, l’alcool aussi… “. Entré dans le monde des drogues à seize, dix-sept ans, il raconte qu’elles lui permettaient de voir le monde d’un point de vue nouveau. Il reconnaît qu’il dut “lever un peu le pied” quand il commença à travailler. Toutefois les drogues pressent un bouton intérieur dans le cerveau commente-il.
Comment préparer une équipe qui n’a pas forcément d’expérience avec la drogue pour faire un film hallucinogène? Noé raconte que le contexte du Japon fut compliqué car les autorités ne font pas de cadeaux quand il s’agit de drogues: la solution était de boire de l’alcool.
Le cinéaste compare ses oeuvres cinématographiques à des montagnes russes : ” sortir de la salle de cinéma c’est comme sauter de la nacelle des montagnes russes, c’est plus dangereux”. En effet au festival de Cannes en 2002, de nombreux spectateurs sont sortis de la projection du film Irréversible, notamment à cause de la fameuse scène de viol tournée avec Monica Bellucci. Par conséquent, selon Gaspar Noé, il est important de voir le film du début à la fin puisque la partie la plus douce et la plus sentimentale arrive après”.
Noé soutient les valeurs du cinéma. Pour lui voir un film dans une salle de cinéma avec d’autres spectateurs est bien plus fort que le voir seul, sur son ordinateur. Premièrement pour la qualité de l’image, mais aussi pour l’intensité des émotions de ses voisins : ” Quand les gens se lèvent et crient dans la salle, c’est comme un match de foot, c’est une valeur émotionnelle beaucoup plus forte”.

Quand on lui demande quels sont les messages contenus dans ses films, sa réaction est immédiate : “Je ne vends pas de messages, je fais des films”. Il affirme que les films sont avant tout destinés à plaire à ses amis et non pas à ce qu’un maximum de personnes les voit. ” Au final tu te rends compte que les gens qui aiment tes films sont très semblables à tes amis” me dit-il en aparté en français à la fin de la conférence.
Le soir, le hall du Centro Arte Alameda s’est rempli de couleurs, un tapis rouge mène jusqu’à la salle de projection, et un B gigantesque, emblème du festival se tient à côté des caméras des journalistes. Gaspar Noé se faufile dans la foule attroupée dans le hall. De nouveau, pas de scènes d’autographes ou de photos de fans. Des spectateurs font la queue autour d’une tonnelle de bière qui est distribuée gratuitement.
Une fois le public installé dans la salle, les organisateurs présentent le festival et profitent de l’ambiance détendue pour plaisanter et se critiquer ironiquement les uns les autres.
Après quelques courts-métrages de cinéastes internationaux, Gaspar Noé monte sur la scène et présente son film. Il mentionne Raul Ruiz et l’influence qu’eurent ses films sur l’élaboration de Enter the void. Il raconte avec humour sa visite à Raul Ruiz à Paris: il lui proposa de travailler pour lui et n’obtint jamais de réponse.
L’interaction entre Noé et le public est joyeuse : les gens rient. Après des applaudissements chaleureux, la lumière s’éteint, signal qui s’ensuit de l’entrée dans le monde hallucinogène de Gaspar Noé.

Vous avez écrit : “court métrage” à la place de “long métrage”^^
Publicado por anono | 15/11/2011, 19:23Corrigé ! merci
Publicado por mathildegracia | 15/11/2011, 19:50genial cette article
Publicado por chloé | 17/11/2011, 13:28